Actualités : Le Moulin des Bessous à Mirepoix par Raymond Senesse

Le Moulin des Bessous à Mirepoix par Raymond Senesse
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Le Moulin des Bessous à Mirepoix
Raymond Senesse avec Simone Verdier

Le moulin des Bessous, propriété de la famille Senesse, est en parfait état de marche malgré ses 160 années d’âge. Ce moulin farinier à eau a été construit en 1856 par la famille Bousquié. Il n’a cessé de fonctionner depuis lors, mais avec l’apparition des minoteries, ce moulin comme bien d’autres a connu le triste sort de Maître Cornille.

Pourtant pendant la seconde guerre mondiale, période de disette, le moulin des Bessous a connu un regain d’activité : même si pendant l’occupation personne n’avait le droit de transformer le blé à cause du rationnement, le dernier meunier Elie Bousquié n’hésitait pas à faire tourner son moulin, souvent la nuit, car à cette époque obtenir de la farine était une question de survie..

C’est dans les années cinquante que le moulin va connaître son déclin et tombera à l’abandon car il n’y avait plus de blé à moudre et de plus Elie   était bien âgé et malade… A sa mort en 1955 il transmet le moulin familial à sa sœur Madeleine épouse de Jules Cassignol, propriétaire cultivateur aux Bessous commune de Manses. Madeleine transmets le moulin à sa fille Simone, épouse d’Adrien Senesse et le moulin, ne s'active qu’accessoirement pour les besoins de la ferme. Adrien n'est pas du métier, le moulin s’endort ensuite pour quelques années jusqu’à ce que Simone cède le moulin à son fils Raymond et que le moulin revive ! Raymond et Gisèle Senesse, aidés de leurs enfants, s'activent depuis  pour redonner toute sa superbe au vieux moulin. Aujourd’hui, Christophe Senesse prend la relève de son père et tous deux font fonctionner le moulin tous les ans pour la journée  du Patrimoine de Pays, et sur demande pour des visites de groupe.

Ecoutons donc Raymond parler de son moulin :«  Le moulin comme je l’ai connu ?  Le moulin, bâtiment de pierre, de terre et de chaux abrite les meules en silex, circulaires, d’un diamètre de 1,40 m. Elles sont posées horizontalement l’une sur l’autre. La meule du bas, fixe, est appelée « dormante », celle du haut est animée d’un mouvement rotatif, elle est appelée «tournante». Au dessus la trémie reçoit le grain à moudre et le fait tomber dans un auget à tête de cheval. La mouture est ensuite tamisée pour séparer la farine du son. Ce moulin construit au dessus du ruisseau des Bessous, est actionné  par une turbine à eau horizontale de « type Fontaine » et est équipé de 2 paires de meules : l’une pour les céréales pour l’alimentation du bétail, l’autre écrasait le blé pour la fabrication du pain.

Trois générations de meuniers se sont succédées pour moudre dans ce moulin : blé, orge, maïs, sarrasin, avoine et ils ont complété cette activité par les métiers du bois avec l’installation d’une scierie à grumes, marque « Guilliet et fils Auxerre, » scierie à ruban « col de cygne » pour scier poutres, chevrons… . Pour suppléer au manque d’eau du ruisseau  un vieux moteur diésel, monocylindre, marque « Vendeuvre », au ronflement saccadé, reconnaissable entre tous, entraine à la demande le moulin ou la scierie. Il subsiste encore sur la colline de Scié les ruines d’un ancien moulin à vent probablement complémentaire du moulin à eau, mais à ce sujet les recherches restent à faire.

…Je me souviens ! …Je me souviens de ces journées d’hiver quand le mauvais temps, la pluie, la neige empêchait tout travail dehors, le moulin restait un lieu incontournable de rencontres.. Il est vrai que la grosse meule à pédale à l’entrée du moulin était un excellent prétexte à tout le monde pour aller aiguiser les outils taillants : couteaux, faucilles, haches, tous se retrouvaient là aux « nouvelles »…En réalité, tout ce brave monde se retrouvait là pour venir bavarder quelques heures, boire un coup de café suivi d’un petit coup de gnole qui aidait certains à pousser la chansonnette, d’autres racontaient des histoires, toujours en patois, d’autres encore quelques plaisanteries…Bref, les langues allaient bon train ..Quelques uns laissaient échapper des petits secrets : « Je te le dis, mais ne le dis pas »…Et certains secrets sur un tel ou une telle ne pouvaient se dire ouvertement : alors munis du crayon du meunier le petit secret était écrit sur la porte en bois du moulin au milieu des comptes de sacs de blé ou d’orge ! On pouvait y lire les noms de certains dont les aventures coquines étaient ainsi dévoilées ! Aujourd’hui encore quelques noms sont encore visibles sur cette porte…
…Je me souviens ! …Je me souviens du dernier meunier : Elie Bousquié. Il était également charpentier. Comme tous les charpentiers, c’était un homme hors du commun, doublé d’une personnalité comme il n’y en a plus. Lorsque le travail n’allait pas comme il le souhaitait, il parlait rudement à ses outils ! Le travail du bois n’avait aucun secret pour lui ! Il était capable de faire une charpente, aussi bien que de fabriquer des tonneaux, ou une roue de charrette… Malgré son rude caractère, les gens le considéraient comme indispensable dans la région, toujours prêt à rendre service et à partager son savoir faire.

« Quant à moi qui vous raconte cette histoire, je suis son descendant par ma grand-mère qui était sa sœur. Et quand j’ai repris le moulin en 1997, j’ai repris un peu son métier ! J’ai d’abord remis en route la scierie qui fonctionnait avec le moteur diésel. Puis j’ai refait le toit du moulin grâce à des arbres que je suis allé abattre à la forêt de Manses et que j’ai débité à la scierie. Puis je me suis attaqué au moulin lui-même ! Il a fallu remettre en place les madriers en cœur de chêne qui supportent les meules, puis refaire les archures c'est-à-dire la caisse cylindrique autour des meules, et refaire la trémie. J’ai du aussi retaillé les dents du renvoi d’angle qui entraîne les meules. Normalement ces dents sont en cormier, mais faute de cormier je les ai taillées dans du frêne. Et là je me suis rendu compte qu’il fallait piquer les meules trop usées pour moudre ! J’y suis arrivé et enfin on a pu   moudre de la farine  en 2000,  avec le moteur Vandeuvre… Je mourrais d’envie de le faire fonctionner avec l’eau du ruisseau des Bessous, pour cela j’ai du recreuser le canal d’amenée d’eau qui était comblé, et refaire le béal. Enfin mon moulin a pu tourner avec l’eau en 2002 !  
Ce qui m’a donné le plus de mal ?  Savoir comment piquer la meule, …Et aussi comment mettre les deux meules bien de niveau… Egalement comment bien régler la turbine fontaine ! Car je n’y connaissais rien, j’ai tout appris avec des vieux manuels !  

Depuis 2002, il y a encore des améliorations ! Nous avons  construit un four à pain attenant au moulin qui nous permet de faire de belles fournées avec la farine toute fraîche moulue, et j’ai complété au fil des vide-greniers la collection des vieux outils de charpentier, de menuisier et de meunier qui garnissent les murs .

C’est un grand plaisir pour moi et ma famille d’avoir fait revivre ce moulin familial. Moi-même je suis issu de la Terre…L’eau, la pluie, la terre, les saisons, la nature, je les comprends et je les aime…

Toutes ces facettes de la vie m’ont permis de nous retrouver en famille autour de ce vieux  moulin qui aujourd’hui encore après tant d’années continue à faire de la belle farine et à maintenir la convivialité dans tout le quartier des Bessous. »

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