Actualités : Paroles de pierres par Pierre Barousse

Paroles de pierres par Pierre Barousse
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Paroles de pierres
Pierre Barousse

Lorsque le voyageur venant du nord entre en Pays Cathare, il est ébloui par la fine flèche de la cathédrale de Mirepoix et s’il a pu s’arrêter dans cette cité médiévale il aura admiré l’architecture de cette église. Quelques kilomètres au sud, en débouchant dans la plaine d’Aigues-Vives, il pourra contempler les montagnes du massif de Tabe avec, à ses pieds, sur son pog, le château de Montségur. Son regard sera attiré, au bas de ce tableau et à sa gauche, par la silhouette d’un grand bâtiment austère accolé à une tour qui, de loin, semble carrée : c’est l’église de Laroque d’Olmes qui domine son village du haut du plateau du Castella sur lequel elle est construite. Austère et discrète, personne n’en parle, elle n’apparaît pas sur les guides, rares sont les touristes qui vont lui faire une visite… et pourtant, pourtant son histoire est très longue et ses histoires sont nombreuses….Comme dans beaucoup d’endroits les pierres de cette église savent parler……Écoutons-les !
Il y a  636 ans que nous sommes là, au milieu de cet environnement magnifique à être témoin d’évènements heureux et malheureux…mais commençons par le début..
Avant que l’on nous rassemble pour construire cette église, il y a eu sur ce plateau d’autres habitants, certainement des romains qui ont laissé de leur passage l’appellation du Castella, puis d’autres peuples sont venus. Ils ont construit un château avec des remparts, des tours, une église. Mais les hommes aussi fous que ceux de maintenant poussés par l’orgueil, la prétention, le désir du pouvoir, se disputaient les territoires jusqu’au jour où le Roi Louis le Jeune imposa la paix entre le comte de Toulouse et le vicomte de Carcassonne et choisi Laroque d’Olmes pour la signature les 8 et 9 juin 1163 du traité de Paix qui se déroula dans le fort et dans l’église St. Etienne. Parmi nous il ya encore des pierres qui ont été témoin de cet évènement et voila ce dont elles se rappellent (les pierres ont une mémoire extraordinaire !)
« Pour porter témoignage de leur réconciliation, le Comte de Toulouse et le Vicomte de Carcassonne étaient entourés d’une pléiade de grands prélats et de seigneurs : le nouveau titulaire du grand évêché de Toulouse, Bernard, l’évêque d’Albi, Guilhem, le comte de Foix, Roger-Bernard Ier,  , la vicomtesse de Narbonne, Ermangarde, le comte de Rodez, Hugues, les seigneurs de Montpellier, Guilhem de Nîmes, Pierre-Géraud d’Uzés, Bermond des Baux, Hugues de la Roque, et une vingtaine d’autres seigneurs : Guillaume de Sabran, Raymond des Termes, Pierre de Minerve, Guilhem et Raimond de Durban, Raymond de Castres, Gaubert de Fumel, Gausserand de Capestan, Pierre de Montaigut…..(1). Quel beau monde pour représenter l’Occitanie et une partie de la Provence, réuni dans ce petit village ariégeois !
 Représentez- vous tout ces notables de haut rang, civils et religieux converger vers notre cité avec leurs domestiques et ci établir pendant quelques jours. Ils devaient être dans les 300…comment ont-il été accueillis par la population locale. Mais pourquoi le Roi a choisi ce petit village ignoré de tout le royaume pour un évènement si important ? Quel honneur pour notre cité ! Nous avons essayé d’interroger les plus vieilles parmi nous, mais nous  n’avons  jamais eu de réponse ! (Imaginez que votre président Macron décide de réunir tous les hauts responsables, civils et religieux de l’Occitanie  pendant 3 jours à Laroque d’Olmes pour établir ce que vous appelez une convention. Le nom de Laroque d’Olmes  serait connu du monde entier).
Certaines de nos sœurs les pierres qui ont connu cette époque et qui sont encore parmi nous se  rappellent des engagements qui ont étaient pris dans le château et dans l’église pendant ces deux jours (les pierres sont curieuses et on ne peut rien leur cacher !)  ….mais vu leur âge, il vaut mieux pour aujourd’hui les laisser se reposer. Ce que l’on a retenu de leurs souvenirs c’est que la paix a régné pendant deux ans et ensuite les grandes promesses se sont envolées et les disputes, les convoitises, les guerres sont revenues. Il y a eu l’épisode cathare où nos sœurs les pierres de Montségur ont bien souffert..puis  l’invasion des armées du nord avec les Croisades, puis les Grandes Compagnies qui ne laissaient que des ruines après leur passage ; ce sont ces brigands qui ont détruit l’église St. Etienne qui existait ici  dans les années 1350…..Beaucoup de Laroquais ont fuit en Catalogne.
Dans les années 1380, la Paix étant revenue, tous ces habitants ont retraversé les Pyrénées pour retrouver leur beau Pays. Ils ont construit avec les plus vielles d’entre nous  qu’ils ont récupérer dans les ruines du château et de l’ancienne  église St. Etienne…celle d’aujourd’hui  qu’ils ont appelée « Notre Dame du Mercadal » parce que nous dominions le marché…une précisions :l’église de notre jeunesse n’était pas tout à fait identique à celle-ci…mais c’est une autre histoire.
Mais si vous venez nous rendre visite regardez sur la façade sud, juste à coté du porche l’une des nôtres a voulu prouver pour l’éternité que cette belle église a été bâtie grâce à nous en 1385…malheureusement, vous les  hommes d’aujourd’hui, vous nous négligez souvent nous les pierres et vous ne portez  aucun intérêt au passé…c’est pourquoi l’inscription que notre sœur la pierre a voulu vous transmettre est pratiquement effacée, c’était la date de la fin de la construction avec l’écusson de votre ville surmonté d’ une merlette qui était le symbole, à notre époque, des émigrés qui revenaient au pays (1)
Vous trouverez cette histoire courte, mais elle relate un fait inconnu de beaucoup que nous devions rappeler avant d’aborder, si cela vous intéresse vous, hommes de 2021,  notre histoire et de toutes nos histoires….le  classement, déclassement, reclassement…..le clocher…et le projet de sa flèche ….la chapelle St. Martin….l’horloge….le changement de toiture….le statuaire…les peintures du XVIe siècle….les autels ….et aussi les orgues qui ne sont pas royales comme certains les qualifient par ignorance ou par vanité mais qui sont prestigieuses par leur histoire et leur qualité musicale (nous les pierres nous savons tout !)
Sur cette proposition, les pierres se sont tues mais on pourra toujours leur demander de nous raconter leurs histoires.
(1)Tous les faits historiques proviennent soit du livre « Laroque d’Olmes à travers les siècles » (Henri Aussaguès
 soit des archives départementales, soit d’un traité sur les blasons de 1750.)

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